Un soir de novembre, chez Seijo Ishii à Shinjuku
En novembre 2025, on est passés à deux au Seijo Ishii de Lumine 1, dans la gare de Shinjuku. Seijo Ishii, c’est une chaîne de supermarchés un peu plus haut de gamme que la moyenne, avec beaucoup de produits importés, et souvent installée dans les gares. Pour situer : c’est à peu près le Monoprix japonais. Rien d’exotique, donc : c’est le supermarché où on s’arrête parce qu’il est sur le chemin.
On n’y allait pas pour ça, mais on est ressortis avec un assortiment de soupes miso instantanées de la marque maison du magasin : 成城石井 こだわり具材のみそ汁アソート 10食 (Seijo Ishii Kodawari Guzai no Misoshiru Assort, littéralement « assortiment de soupes miso aux ingrédients soignés », 10 portions).
Un achat sans réflexion, le genre qu’on ne raconte normalement à personne. Et pourtant il y a quelque chose à en dire.
Cinq garnitures, et le détail qui change tout
La boîte contient 10 portions réparties en cinq variétés :
Aosa — une algue verte, très marine.
Champignons.
Nebaneba — nebaneba est le mot japonais pour les aliments gluants, filants ; c’est une texture recherchée ici, pas un défaut.
Chou et oignon.
Bardane (gobō), cette racine longue et fibreuse qu’on trouve partout dans la cuisine japonaise.
Mais le point intéressant n’est pas la liste. Il est dans la phrase que le fabricant met en avant : « 具材にあわせて、だしと味噌も組み合わせました » — le dashi et le miso ont été assortis à chaque garniture.
Autrement dit, ce ne sont pas cinq sachets identiques avec des légumes différents jetés dedans. Pour chaque garniture, le dashi (le bouillon de base) et le type de miso ont été choisis pour aller avec. Vue de France ça paraît être un détail de spécialiste, mais à l’usage c’est exactement ce qui compte : cinq combinaisons réellement différentes, c’est cinq jours de suite sans se lasser. Cinq fois le même bouillon, non.
Faire une soupe miso, c’est simple. En garder cinq sortes, non.
Il faut être honnête : préparer une soupe miso maison n’est pas difficile. Du dashi, du miso, deux ou trois ingrédients, dix minutes. Ce n’est pas une recette compliquée.
La difficulté n’est pas là. Elle est dans la répétition : en faire en quantité, la conserver correctement, et surtout en avoir plusieurs sortes sous la main. Ça, c’est une vraie contrainte quand on travaille. La version instantanée ne résout pas un problème de compétence, elle résout un problème de logistique.
La boîte est à 1 177 yens pour 10 portions, soit environ 0,80 € le bol. Un bol de cuisine japonaise correcte, chaud, en une minute, à ce prix-là : le rapport qualité-prix est difficile à battre.
Pour un voyageur, deux usages concrets
En y repensant, je me suis dit que ce produit avait un intérêt particulier pour quelqu’un qui vient de France.
Le soir où tu es cassé. Sur un long séjour, il y a toujours ce jour-là : 20 000 pas dans les jambes, trois trains, et l’idée de ressortir pour choisir un restaurant devient insupportable. Tous les hôtels japonais ont une bouilloire dans la chambre. Une soupe miso à ce moment-là vaut mieux qu’un dîner subi.
Les restes en omiyage. L’omiyage, c’est le souvenir qu’on rapporte aux autres, et au Japon c’est une petite institution. Les sachets sont légers, plats, incassables, pas chers, et surtout : les gens les utilisent vraiment. Ce qui n’est pas toujours le cas des souvenirs décoratifs.
Ce que j’en retiens
Le quotidien alimentaire japonais, c’est du riz, une soupe, des restes, quelque chose de rapide après le travail. Ce n’est pas un registre spectaculaire, et c’est justement pour ça qu’on en parle peu.
Je ne dis pas que l’instantané vaut mieux que le fait maison. Je dis juste que ce genre de sachet est ce qu’il y a réellement dans les placards, et que ça raconte quelque chose d’assez juste sur la façon dont on mange ici.